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Avant le match Ecosse/France

AVANT ÉCOSSE - FRANCE. Demain à Murrayfield, autour du talonneur revenant William Servat, les piliers des Bleus seront deux nouveaux venus : Julien Brugnaut et Lionel Faure. Danger, droit devant

« Sud Ouest » du samedi 2 février 2008

ecosse piles


Des piles pour sauver la face

:Nicolas Espitalier envoyé spécial

Des premières lignes françaises qui se distordent à Murrayfield, ça s’est vu. Même les années de vaches maigres dans les troupeaux velus des Highlands, l’Écosse produit du pilier de tradition. Du vrai. Ces joueurs-là poussent comme le chiendent dans les écoles de rugby du pays, et comme des bœufs d’attelage en mêlée fermée. Alors, avant d’aller jouer l’ouverture du Tournoi des Six Nations devant les chœurs d’Edimbourg, il vaut mieux s’équiper.
Un exemple récent : il y a deux ans, même lieu, mêmes circonstances, au premier jour du Tournoi 2006, les piliers français De Villiers, Marconnet puis Milloud avaient cédé. Et avec eux, le XV de France, battu 20-16 par la vice-cuillère de bois en titre. Or, cette fois, les trois expérimentés cités plus haut sont indisponibles. Et le nouveau sélectionneur des Bleus, Marc Lièvremont, a fait, contraint et forcé, le choix de la nouveauté.
Deux joueurs jamais encore sélectionnés, Julien Brugnaut et Lionel Faure, ont vu leur nom sortir du « choixpeau magique », pour emprunter un terme forgé à Edimbourg par la romancière J.K. Rowling pour « Harry Potter ». « Ils sont peut-être nouveaux, mais ils ne sont pas si jeunes que ça et ils sont tous les deux des joueurs expérimentés. Ils s’intègrent de manière remarquable et sont très à l’aise », rassure Didier Retière, l’entraîneur des avants.


« Ils seront à 150 % ». Soit. Mais, à une première ligne écossaise Murray-Ford-Jacobsen qui totalise la bagatelle de 55 sélections, opposer deux piliers néophytes et un talonneur n’ayant que 16 sélections (William Servat, de retour après deux ans et demi d’absence), c’est osé. Risqué, même. « Si vous me trouvez deux piliers à 80 sélections, on peut en rediscuter ! », rétorque Marc Lièvremont.
On peut commenter sa décision en long, en large et l’avoir en travers de la gorge, le fait est qu’il n’avait pas beaucoup le choix. Surtout après la blessure, lundi, de Jean-Baptiste Poux. Le Perpignanais Nicolas Mas est venu pallier son absence avec un petit bagage de 14 sélections, qui suffit à faire de lui « un ancien », et il sera sur le banc demain après-midi.
Il commente : « Julien a 26 ans, Lionel en a 30 et, s’ils sont là, ce n’est pas par hasard. Ils m’ont paru très gentils, très ouverts. En Écosse, ne vous inquiétez pas, ils vont s’envoyer à 150 % ». Le pilier astigmate aux petites lunettes d’intellectuel (précisons qu’il met des lentilles pour jouer) sait pour autant qu’il va rentrer en jeu, à un moment ou à un autre. « Je m’y attends et je serai prêt », promet-il.


Deux gauchers. Le coaching en première ligne, devenu incontournable (ou du moins rarement contourné) à ce niveau de compétition, sera d’autant plus décisif demain que les deux piliers titulaires sont des piliers gauches. « Je suis capable de jouer à droite, je l’ai déjà fait. Et si c’est pour jouer en équipe de France, vous savez… », glisse Julien Brugnaut. Le Libournais de l’US Dax ne sera pas aligné dans son poste de prédilection, mais il devra peut-être s’y faire : « Plusieurs spécialistes m’ont déjà dit que j’avais le physique pour devenir un bon pilier droit ».


Bille en tête. Didier Retière semble avoir la même idée. « Il faut coacher la première ligne et, dans ces circonstances, avoir un pilier polyvalent, c’est important. C’est l’un de nos objectifs avec ces joueurs-là », reconnaît l’entraîneur. Pas plus inquiet que Brugnaut, qui craint plus sa propre émotion pendant « La Marseillaise » que le face à face avec Jacobsen. Pas plus inquiet que le volubile Lionel Faure, désormais rebaptisé : « L’homme-qui-a-éclipsé-Sheridan-à-Sale ». C’est un peu long, mais ça veut dire ce que ça veut dire.
Demain, les deux « piles » neuves du XV de France entreront bille en tête dans la tradition écossaise. Les 1 et les 3, là-bas, portent en eux l’héritage de David Sole, pilier et capitaine du Chardon lors du dernier grand chelem de l’Écosse en 1990, grand promoteur de « Flowers of Scotland » comme hymne de son équipe. Et ça, ça risque de filer des frissons à Julien Brugnaut.


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DIDIER RETIÈRE. Physique de première ligne et sourire aimable, le coach bourguignon des avants du XV de France est l’inconnu du trio d’entraîneurs

« Sud Ouest » du samedi 2 février 2008



Le troisième homme


retiere

:Nicolas Espitalier envoyé spécial

«Quand ils ont annoncé que les nouveaux entraîneurs du XV de France étaient Marc Lièvremont, 23 sélections, Émile Ntamack, 46 sélections, et moi, 0 sélection, j’ai pensé que tout le monde allait se demander qui je suis. » Tout juste. Didier Retière, en charge des avants dans le nouveau staff des Bleus, est un inconnu du bataillon. Fut-ce celui de Joinville où, parmi les sportifs de haut niveau, il a salué le drapeau.
« J’avais tout ce qu’il fallait pour ne pas être là où je me trouve aujourd’hui : du Nord, jamais international, conseiller technique… », s’amuse l’ancien talonneur. Qui se reconnaît au moins un signe extérieur d’appartenance : « J’ai la gueule d’un gars qui joue au rugby, c’est sûr ». Aux îles Fidji et en Nouvelle-Zélande, où il a passé (comme par hasard) ses dernières vacances, sa tronche souriante de première ligne costaud lui a valu quelques amorces de conversation rugbystiques et cosmopolites.


Pédagogie. Natif du Maine-et-Loire, puis rapidement installé en région parisienne, il a débuté dans le petit club d’Achères. « J’y allais pour voir mon père jouer, j’assistais aux entraînements de temps en temps, et puis j’ai eu envie de jouer à mon tour. J’ai attaqué le rugby à 7 ans », raconte Didier Retière. Après une saison en cadets à Conflans-Sainte-Honorine, il intègre le Racing-Club de France.
Il se révèle un talonneur « agressif » et de bon niveau, et décroche avec ses coéquipiers un titre de champion de France Reichel en 1987. « On tombait juste après la génération du Racing finaliste cette année-là, il a été difficile d’intégrer la première. En seniors, j’étais un bon cireur de banc ! J’ai tout de même joué quelques matches, notamment en Du-Manoir », précise l’ancien racingman.
Pour évoluer dans l’élite du rugby français, le talonneur a changé de club. Il a rejoint le PUC, d’abord, puis Le Creusot. « J’ai rejoint ma femme en Bourgogne, explique-t-il. Elle est viticultrice à Nuits-Saint-Georges, où elle fait du vin rouge et un peu de blanc. J’ai joué deux saisons en Groupe A au Creusot, dont une où on a fait un huitième de finale contre Castres. Quand Le Creusot est descendu en Groupe B, je suis parti à Dijon qui montait. Là-bas, on avait une bonne équipe, on a battu Toulouse. »


La dimension humaine. La suite est affaire de pédagogie. Lui qui en juniors encadrait déjà l’école de rugby, passe les diplômes et devient conseiller technique dans un pôle régional à Lyon. Repéré, Didier Retière retourne en décembre 2001 à la capitale pour s’occuper des équipes de France de jeune. En 2006, associé à Émile Ntamack, il conduit les Bleuets jusqu’au sacre de Clermont-Ferrand : une victoire en finale de Coupe du monde sur l’Afrique du Sud (24-13). Dans la sélection figurent Jacquet et Ouedraogo, qui joueront demain en Écosse.
« Après, tout s’est fait naturellement, avec Marc et Émile, dit le nouveau co-entraîneur des Bleus. J’essaie de prendre de la distance, de rester concentrer sur le jeu : le XV de France fonctionne comme les autres équipes, sauf que les joueurs vont plus vite… J’aime le jeu, sa dimension humaine, son mélange d’intelligence et de courage. Il y a tout ce qui fait la vie : des drames, des échecs, des moments heureux ». On ignore encore dans quelle catégorie se classera le match Écosse-France de demain.



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