
On dirait
un peu des fragments d’Héraclite, genre “La foudre gouverne tout”.
Mais ce sont les cinq phrases qui apparaissent sur le dos d’un tee-shirt
officiel du XV de France, porté à la ville. Vous pouvez les lire sur le dos de
David Ellis, l’entraîneur en charge de la défense.
Les Bleus
passent plutôt inaperçus en plein pays treiziste. Dans cette partie de
l’Australie, la NRL, la ligue de rugby à XIII, est très populaire. Or le
troisième match, le décisif, du State of Origin 2008 approche. Il s’agit d’un
face à face annuel, au meilleur de trois rencontres, entre une sélection de
joueurs nés ou ayant signé leur première licence au Queensland (région de
Brisbane) et une sélection de joueurs nés ou ayant signé leur première licence
en Nouvelle-Galles-du-Sud (région de Sydney). Après deux confrontations, les
“marron” du Queensland et les “bleus” de New South Wales sont à égalité, 1-1.
Le match décisif aura lieu mercredi soir à Sydney, sur le même terrain que le
match Australie-France de samedi. On nous promet une ambiance de feu dans les
pubs de Brisbane. “C’est la finale de la Coupe du Monde”, évalue David Ellis,
en charge de la défense du XV de France et ancien joueur de XIII en Australie.
Blues contre Maroons, c’est l’évènement de la semaine, bien plus que Bleus
contre Green and Gold.
Le Sydney Concord Oval ?
Mais si, souvenez-vous ! Le XV de France n’y a joué qu’un seul match dans toute
son histoire, mais un match que personne n’a oublié. C’était il y a vingt-et-un
ans. Le 13 juin 1987, l‘équipe
du capitaine Daniel Dubroca, qui avait assuré sa place dans le dernier carré
mondial grâce à quatre victoires (Ecosse, Roumanie, Zimbabwe, Fidji) sur des
terrains néo-zélandais, affrontait les Wallabies chez eux, en demi-finale de
Coupe du Monde, dans ce stade des quartiers ouest de Sydney. 24-24. Un ballon
récupéré par Berbizier dans les 22 mètres français, une chandelle de Lagisquet
sur Campese, des Bleus partout et, au bout d’une action interminable, une passe
de Rodriguez pour Blanco. Et puis cet essai en coin de l’arrière français, qui
fait s’étrangler Pierre Salviac (”L’équipe de France est en finale ! L’équipe
de France est en finale !”) et qui qualifie les Bleus (24-30) pour la
finale de la première Coupe du Monde de rugby à XV. David Ellis, le spécialiste
de la défense pour l’actuel XV de France, y était hier pour rencontrer le coach
des Western Tigers, la franchise de rugby à XIII qui partage l’enceinte avec le
club quinziste des Pirates. Nous l’y avons suivi (reportage à lire dans Sud
Ouest demain). Il n’est pas bien grand, ce Concord Oval par rapport à la taille
du souvenir de 1987. Deux tribunes, qui ressemblent à la grande tribune, la
“Basquet”, du stade Armandie à Agen… dont Guy Basquet fut le grand
artisan après avoir découvert avec enthousiasme les installations
australiennes. Tout sauf un hasard. Une demi-finale de Worldcup dans un stade
d’environ 15-20.000 places… Quand on pense au Millennium Stadium de Cardiff,
qui en fait quatre fois plus et qui n’a été inauguré que douze ans après la
première Coupe du Monde, ça donne une illustration de ce qui a pu se passer en
Ovalie ces deux dernières décennies.
Les Bleus se sont entraînés
par deux fois ce lundi sur le terrain des East Suburbs de Woollahra. Au
programme le matin, du physique plutôt intensif, un peu de travail sur les
situations de ruck et une petite opposition à 13 contre 13 et en armures. Un
court moment de frayeur a interrompu la séance lorsque Damien Traille ne s’est
pas relevé après un contact. Plus de peur que de mal, le centre biarrot du XV
de France a repris l’entraînement quelques instants plus tard. Hier après-midi,
l’équipe a travaillé la défense sous la houlette de David Ellis, avant que le
trio de sélectionneur dévoile son quinze de départ pour la rencontre de samedi.
En soirée, les trois-quarts ont eu droit à une séance de vidéo, le temps pour
le jeune ailier briviste Alexis Palisson de voir quelques images de
l’impressionnant Lote Tuqiri, qui devrait être samedi son adversaire direct. La
composition de l’équipe des Wallabies sera donnée aujourd’hui par le
sélectionneur australien Robbie Deans.