ÉCOSSE - FRANCE. –L’équipe de France de Marc Lièvremont a tenu ses promesses, hier
à Murrayfield, en s’efforçant d’envoyer du jeu et en inscrivant trois essais
d’ailiers. Des satisfactions à confirmer
Baptême du feu follet
|
:Nicolas Espitalier envoyé spécial
|

Ce n’est pas la révolution d’accord, et
d’accord ce n’est que l’Écosse. Mais quand même. Le XV de France version
Lièvremont, au premier jour de son long voyage vers après-demain, fait plaisir
à voir. Sans être spectaculaire, il réussit cette prouesse : prendre des
risques sans se mettre en danger, et vice versa. Des relances décidées des 22 mètres, quelques
pénalités opportunément jouées à la main en quatrième vitesse, du jeu au pied
dosé juste comme il faut. Les Bleus disent « envie », ils disent « solidarité
». On se dit « oxygène ». Et on respire un grand coup.
Parce que c’est le Tournoi, parce que c’est
Murrayfield, parce que la presse écossaise titre sur « Le crunch » (terme qui
ne désigne donc pas seulement le choc franco-anglais), le décor est celui d’un
monde à part. Délicieusement suranné, eurocentrique et joyeux, avec des kilts
et des Astérix. Le pilier dacquois Julien Brugnaut sourit à la princesse Anne
comme s’il croisait son ancienne prof d’anglais. Vingt-deux joueurs chantent « La Marseillaise »,
soixante mille voix portent « Flowers of Scotland ».
Mauvais début devant. Mieux qu’une
rangée de cornemuses, la première mêlée du match donne le ton. La première
ligne française plie sous le poids, rayez la mention inutile, de l’émotion ou
des avants écossais. Pour leur première apparition chez les Bleus, Lionel Faure
et Julien Brugnaut vont commencer par faire plus ample connaissance avec la
pelouse de Murrayfield après avoir serré la main de la princesse.
Le pack du Chardon, plutôt conquérant en
première période, plante un drapeau bleu à croix blanche à l’orée des 22 mètres français. Dan
Parks, préféré à l’illustre Chris Paterson au poste de demi d’ouverture, doit
marquer son territoire : il ouvre le score d’un drop parfait (4e). La sono
passe « Five hundred miles », la musique de « Shrek » composée par les Écossais
des Proclaimers, pour saluer les points des locaux. En fait, on ne l’entendra
qu’une deuxième et dernière fois, à la 30e minute, lorsque Parks sanctionnera
d’une pénalité l’effondrement du pilier gauche Lionel Faure.
Heymans flamboyant. Ce sera tout pour le
compteur des Écossais et pour la mélodie rock du gros monstre vert. Les Bleus
nouveaux, auxquels on a dit et répété « Faites vous plaisir », se montrent
obéissants sans attendre. Relance rapide depuis le camp français, Trinh-Duc
lance Malzieu, Heymans porte le danger le long de la ligne de touche d’un long
coup de pied à suivre. Cela n’aboutira pas, mais ce n’est que partie remise
pour l’arrière de l’équipe de France, de Toulouse et de circonstance.
Il se montre toujours plus rapide, toujours
plus malin. Quoi qu’il fasse, Cédric Heymans fait avancer les siens et les
entraîne dans son sillage. Servi par Trinh-Duc, c’est lui qui va jouer un «
une-deux-une » avec Vincent Clerc, agrémenté d’un joli en-avant invisible pour
un arbitre irlandais. Clerc plonge et inscrit un essai très toulousain. Ce qui
fera dire à Thierry Dusautoir après la rencontre : « C’est le jeu qu’on
pratique à Toulouse. Des trois-quarts qui relancent tous les ballons, ce n’est
pas très surprenant ».
L’axe Clermont-Toulouse.
Sur l’essai de Clerc, le centre écossais Henderson se chamaille avec Damien
Traille et lui assène un coup de tête au visage. L’arbitre demande la vidéo, ce
que la sono accompagne d’un angoissant « Carmina Burana ». Henderson ne sera
pas puni, comme en échange de l’en-avant français non sifflé. Après l’essai
toulousain, ce sont les Clermontois, deuxième colonie régionale dans l’effectif
du XV de France, qui marquent. Loïc Jacquet raconte : « Il y a pénalité,
j’entends Julien (Malzieu) m’appeler : Loïc, Loïc, vite ! Je lui fais juste une
passe? ». Et Malzieu s’en va inscrire un bel essai - drôlement chanceux, quand
même - pour sa première sélection.
Pendant ce temps-là, les avants font le fond
de sauce. Mas, entré en cuisine, fait du rangement ; Ouedraogo ramène des
paniers de ballon ; Dusautoir découpe la viande ; Jacquet et Nallet chauffent
les fourneaux. Le capitaine est censé être « exemplaire », il l’est. « Quand quelqu’un
prend une initiative, on ne va pas lever les bras en se disant : mais qu’est-ce
qu’il fait ? On le suit ». Il y a du déchet, peut-être, quelques ballons
rendus, mais l’Écosse n’étant pas l’Afrique du Sud, la voie reste libre. Clerc
est un as du rebond favorable et s’offre un deuxième essai personnel.
Tout cela fait plaisir à voir. Mais ce
commentaire de Jean-Baptiste Elissalde est à méditer : « On ne sait pas si
c’était une grande équipe de France ou une petite équipe d’Écosse ».
___________________________________________________
LES ÉQUIPES
Le XV de France
Heymans - Clerc, Marty, Traille,
Malzieu - (o) Trinh-Duc, (m) Elissalde
-Dusautoir,Vermeulen,Ouedraogo
-Nallet (cap), Jacquet
-Brugnaut,
Servat, Faure.
Remplaçants : Szarzewski,Mas,Méla,
Bonnaire, Rougerie, Skrela, Parra.
Le XV d’Écosse
R. Lamont -Walker,De Luca,Henderson,
Webster - (o) Parks, (m)M.Blair
-Barclay,Callam, Ja.White (cap) -Hamilton,
Hines, E.Murray, Ford, Jacobsen.
Remplaçants : Thomson, Kerr,
McLeod, K. Brown, C. Cusiter, Paterson,
Southwell.
________________________________________________
Les photos de Laurent Theillet
____________________________________________
Le match en 5 questions
_____________________________________________
Avant le match…
________________________________________