GUY NOVÈS. –Le jeu de l’équipe de France n’est pas sans ressemblance avec
celui du Stade Toulousain, dont sont issus cinq des titulaires de Murrayfield
dimanche dernier. L’avis de l’entraîneur stadiste
Sous le bleu,
le rouge
Après
la victoire de la France
sur l’Écosse dimanche (6-27), Thierry Dusautoir, à qui la presse demandait s’il
était surpris par le jeu de mouvement des Bleus version 2008, répondait : «
Non, c’est exactement comme ça qu’on joue à Toulouse ! » Guy Novès entraîne
depuis 1993 le Stade Toulousain, plus gros pourvoyeur d’internationaux avec
sept joueurs dans la liste initiale de Marc Lièvremont (depuis, Poux et Fritz
se sont blessés). Il donne son sentiment.
« Sud Ouest ». Les joueurs toulousains du XV de France
jugent que le jeu de l’équipe nationale ressemble énormément à celui qu’ils
pratiquent en club. Qu’en dites-vous ?
Guy Novès. Dans le jeu de relance, c’est
effectivement ce que je fais ici depuis 10 ou 15 ans. J’en discutais justement
avec Vincent Clerc lundi matin. Ils ont cette capacité, cette éducation, depuis
toujours au Stade, de tenter dès qu’ils le sentent possible. Après, ils ne sont
pas sûrs de réussir à chaque fois, mais il faut leur donner cette possibilité
de jouer et d’essayer, sans crainte de l’échec, dans une démarche mentale
complètement libre. C’est le cas aujourd’hui en équipe de France, c’est le cas
au Stade Toulousain depuis 15 ans.
« Sud Ouest ». Cela signifie-t-il que vous êtes un précurseur
?
Guy Novès. Précurseur, non. Le jeu de mouvement a
toujours été présent au Stade. Donner plus de liberté aux ailiers ou aux
arrières, en tant qu’ancien ailier, j’ai toujours pensé que c’est ce qu’il
fallait faire. On le voit avec Clerc et Heymans, mais aussi avec Malzieu et
Rougerie aujourd’hui, avec Poitrenaud demain. Quand je vois que Vincent Clerc a
porté le ballon sur 133
mètres dimanche, quand d’autres ne font que 10, 20 ou 30 mètres dans le match,
cela montre cette capacité à avancer.
« Sud Ouest ». Vous êtes-vous parlés avec Marc Lièvremont ?
Guy Novès. Non. Mon travail c’est d’être entraîneur
à Toulouse, je laisse aux sélectionneurs vivre leur aventure. Je parle avec
Émile Ntamack, c’est un relais avec l’équipe de France parce que c’est un
stadiste. On a établi des règles de travail, on parle des joueurs sélectionnés
mais jamais de jeu. Émile, je l’ai eu ici à 18 ans, il a évolué dans ce
registre de jeu et y a montré son talent, il y a été champion de France et
d’Europe. Il apporte à l’équipe de France ce vécu-là. Il a passé quinze ans au
Stade Toulousain, il ne va pas réinventer le rugby, mais ajoute sa personnalité
à ce qu’il a appris. Comme je l’ai fait à Toulouse, après des hommes comme
Villepreux, Skrela ou Robert Bru.
« Sud Ouest ». Vous craigniez les doublons
championnat-Tournoi et l’absence de vos internationaux. Mais vous avez battu
Montpellier ce week-end?
Guy Novès. On a gagné un match, mais il en reste
quatre sans eux. Avant de récupérer les internationaux, je commence par
récupérer des blessés? Sans les blessures de Fritz et Poux, il devait y avoir
sept Toulousains dans le quinze de départ pour Écosse-France. Je ne me plains
pas, je signale simplement que nous jouons dans un rugby qui n’a pas le
professionnalisme qu’on est en droit d’attendre. Les internationaux rentreront
fatigués du Tournoi et les autres n’auront pas pu faire de rotation. Pour s’imposer,
on se bat et, cet effort-là, on le paiera peut-être sur un match de phase
finale. Alors, on dira que Toulouse est en crise et tout le monde aura oublié
cette période.
:Recueilli par Nicolas Espitalier envoyé spécial
PHOTO LAURENT THEILLET
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VENDREDI 8 FEVRIER.–L’ancien joueur de la Section Paloise,
rentré en fin de match en Écosse, sera titulaire demain. Confessions d’un
deuxième ligne rugueux
Méla dans la mêlée
Vingt
minutes, un petit morceau de temps de jeu ramassé sur la pelouse de
Murrayfield. Suffisant pour devenir le premier international du SC Albi depuis cinquante
ans. Arnaud Méla a obtenu sa première sélection en équipe de France de rugby,
dimanche dernier à Edimbourg, en remplaçant Loïc Jacquet à la 62e minute de la
rencontre.
« Je suis
entré sur une action qui a duré cinq minutes. J’ai joué à fond. Au bout de
vingt minutes, j’ai explosé », commente ce deuxième ligne massif, réputation de
méchant, fossettes de gentil. « C’est difficile de prendre le match en route.
Je ne savais pas exactement à quel moment j’allais rentrer alors ce n’était pas
facile pour « faire monter » en m’échauffant et être au maximum au moment de
pénétrer sur la pelouse », raconte Arnaud Méla.
Une
réputation. Il n’aura pas ce problème demain. L’ancien joueur de la Section Paloise,
natif du Comminges mais enfant de Bigorre, honorera dès le coup d’envoi de
France-Irlande sa deuxième sélection. Pour la première fois titulaire chez les
Bleus, il savoure d’avance « le bonheur d’être au Stade de France », après
avoir pris le temps de déguster les rites de Murrayfield. Là où d’autres ont dû
fermer leur esprit au moment des hymnes pour ne pas craquer émotionnellement,
le joueur d’Albi n’a rien raté : « J’ai écouté le Flowers of Scotland. C’était
fort, surtout quand ils ont arrêté les cornemuses pour finir a capella ».
Mal rasé
sans que ce soit volontaire, une cicatrice sur le front et un dossier épais
dans les archives de l’arbitrage, il a le potentiel pour remplacer Sébastien
Chabal dans le rôle éminemment rugbystique et toujours populaire de « la brute
au c?ur tendre ». Observateur et doté d’un humour fin, il s’accommode de cette
image de dur et d’indiscipliné qui le précède dans les regroupements et les
colonnes des journaux.
« Brave
». « Il
n’y a pas plus brave que moi, sourit-il. Pendant le match, bon, c’est
différent. Mais après, on boit un coup ensemble et tout est oublié. » Il
rappelle qu’il a « 28 ans maintenant », promet de « ne pas prendre de carton
jaune cette année » et précise « travailler mentalement » sur ce sujet. Mais
glisse tout de même, avant qu’on lui pose la question : « Samedi, s’il faut y
aller, on ira? ». On peut changer, mûrir, temporiser. Mais on ne se refait pas.
Moins
manieur de ballons qu’un Loïc Jacquet, plus lourd et moins sollicité pour les
prises de balle en touche, l’ancien champion de France Reichel sous le maillot
de la Section
avoue préférer les phases statiques. « C’est ce qu’on me demande le plus. Je me
prépare à faire mon travail dans les rucks. Maintenant, si j’ai un ballon qui
se propose, je ne vais pas le jeter ! ». Depuis son arrivée à Marcoussis, sous
la houlette de Marc Lièvremont et de Didier Retière, il essaie d’élargir son
registre de jeu : « Je fais notamment beaucoup d’efforts sur les déplacements
et le mouvement ».
Le
modèle Johnson. Son entrée en jeu en Écosse a eu l’effet indéniable de consolider
la mêlée française. Le sélectionneur Marc Lièvremont et l’entraîneur des avants
Didier Retière ont eu envie de revoir, dans le contexte rugueux d’un
France-Irlande à Paris, l’attelage joliment nommé Nallet-Méla. « C’est
difficile de ne pas s’entendre avec Lionel Nallet, c’est très agréable de jouer
avec lui. Lionel n’est pas un bavard, il est comme moi », constate le joueur du
SC Albi.
Lorsqu’on
lui demande quel est son modèle international en deuxième ligne, il n’hésite
pas une seconde : « Martin Johnson ! ». My god, une idole anglaise dans un c?ur
bigourdan ? « Oui. Un grand deuxième ligne. Propre ». Comme sera le bilan
disciplinaire d’Arnaud Méla à la fin de cette saison, promesse de deuxième ligne.
:Nicolas Espitalier envoyé spécial
PHOTO LAURENT THEILLET
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JEUDI 7 FEVRIER 2008. –Après Jean-Baptiste Poux, Florian Fritz et
Elvis Vermeulen, c’est l’ailier Julien Malzieu qui a quitté Marcoussis blessé.
Le Clermontois Floch a été appelé en renfort hier
Et maintenant Malzieu
PHOTO LAURENT THEILLET
Ce
n’est pas l’hécatombe mais, toutes proportions gardées, ça commence à y
ressembler. Depuis l’arrivée à Marcoussis du groupe de 22 joueurs choisis par
Marc Lièvremont pour débuter le Tournoi des Six Nations, quatre ont déjà quitté
leurs camarades. Tour à tour, entre le 29 janvier et le 5 février, le pilier
Jean-Baptiste Poux (déchirure du quadriceps gauche), le trois-quarts centre
Florian Fritz (fracture du péroné droit) et le troisième ligne centre Elvis
Vermeulen (fracture d’une côte) ont été déclarés indisponible pour des durées
de deux à six semaines. L’un après l’autre, Nicolas Mas, David Marty et Louis
Picamoles ont été appelés pour les remplacer.
La
chance de Floch. Hier après-midi, c’est l’ailier de l’ASM Clermont-Auvergne Julien
Malzieu, victime le matin même à l’entraînement d’une déchirure du muscle
semi-membraneux (ischio-jambiers) de la cuisse droite, qui a dû abandonner le
groupe France.
Son
partenaire de club, l’arrière Anthony Floch (25 ans la semaine prochaine), a
été rappelé et devait rallier le Centre national du rugby dans la soirée
d’hier. Floch sera ainsi le huitième joueur encore jamais sélectionné à faire
son entrée dans ce qui prend des allures de « génération Lièvremont » et à
briguer une première cap à la faveur de ce Tournoi. Malgré ces défections
survenues, le XV de départ composé par le trio d’entraîneurs
Lièvremont-Ntamack-Retière pour France-Irlande garde une belle allure. Fait
majeur, il intègre six des sept remplaçants de dimanche à Murrayfield. Seul le
Berjallien Morgan Parra (19 ans) n’aura débuté aucune rencontre.
Parmi les
points forts de cette deuxième feuille de match, on relèvera, passez-nous
l’expression, la mêlée. Le cinq de devant aligné devant le XV du Trèfle sera
celui qui a terminé la rencontre contre l’Écosse. Il s’appuiera notamment sur
un vrai spécialiste au poste de pilier droit, Nicolas Mas, et la première
titularisation internationale d’Arnaud Méla en deuxième ligne est assurément un
gage de solidité.
Moins
porteur de ballon que Loïc Jacquet, le joueur d’Albi est considéré comme une «
poutre », qui aime plus que tout les phases statiques. Son association avec le
capitaine Lionel Nallet doit permettre de voir un pack français plus à son aise
que lors des premières mêlées, chahutées, de Murrayfield. Plus lourd que Jacquet,
Méla sera sans doute moins sollicité sur les prises de balle en touche. Cela
devrait être compensé par la présence de Julien Bonnaire en numéro 8, dont
c’est une spécialité.
Derrière,
l’alignement gagne en expérience, avec le retour de Rougerie à l’aile à la
place de Malzieu et celui de Skrela à l’ouverture à la place de Trinh-Duc. «
Nous avons voulu récompenser le bon comportement des remplaçants de la semaine
dernière avant et après le match », a justifié Marc Lièvremont à propos des six
changements effectués dans le quinze de départ.
:Nicolas Espitalier
envoyé spécial
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JEUDI 7 FEVRIER. –Homme du match en Écosse et auteur de deux
essais, le meilleur marqueur du Top 14 n’aurait été que remplaçant sans la
blessure de Malzieu. Turn-over oblige
Vincent Clerc fatalement

Quand tout
roule, c’est plus facile de faire du turnover. « La titularisation des
remplaçants de Murrayfield n’est en aucun cas une sanction pour ceux qui ont
débuté », a tout de suite précisé Marc Lièvremont, qui doit quand même un
minimum d’explications à Vincent Clerc. Élu homme du match dimanche dernier,
l’ailier toulousain ne figurait pas, hier à 9 heures, dans la liste des
titulaires pour France-Irlande. « Nous aussi, on trouve qu’il a été
exceptionnel », estime pourtant le nouveau sélectionneur. À partir de combien
d’essais, dans ce cas, gagne-t-on le droit de repartir pour un tour ? Le
meilleur marqueur du Top 14 en avait marqué deux aux Écossais.
Ayant vu Julien Malzieu quitter l’entraînement du matin en se plaignant de la
cuisse, les autres internationaux ont fait preuve de retenue dans leurs
commentaires. Peut-être pressentaient-ils le forfait ? Car le temps pour le
convoi médical de se frayer un passage dans les embouteillages monstres
provoqués par les manifestations des taxis et le débat sur la non-titularisation
de Vincent Clerc se refermait aussi sec sur les coups de 15 h 30, une fois la
déchirure de l’Auvergnat diagnostiquée.
D’un naturel insouciant, Aurélien Rougerie, préféré à Clerc pour débuter le
match, s’était autorisé le matin quelques traits d’humour sans prétention sur
Julien Malzieu, son copain et néanmoins concurrent à Clermont. Un joueur qui
blague est un joueur heureux. Mais cela permet aussi de faire diversion. « Je
ne m’attendais pas spécialement à prendre la place de Vincent, devait finir par
avouer la première victime des Argentins au Mondial. C’est une lourde tâche de
passer après Julien et lui. Il va me falloir relever le défi ».
Roulement accepté. Cela déjà, ça reste vrai. Sur le fond, la blessure du
deuxième ailier clermontois ne change rien. Lièvremont avait donné un signal
fort. Sachant qu’il n’échapperait pas à la question, David Skrela, autre ancien
remis au goût du jour, était venu en conférence de presse avec le mode
d’emploi. « La philosophie des nouveaux entraîneurs, c’est d’éviter que trop de
joueurs se sentent titulaires à part entière, tentait de traduire l’ouvreur
parisien. C’est aussi leur premier Tournoi. Ils ont peut-être comme objectif de
voir plusieurs joueurs pour l’avenir ».
En gros, le groupe passe avant l’individu, la Coupe du monde 2011 avant le Tournoi 2008, le
maillot jaune avant la victoire d’étapes, la raison avant les sentiments. Les
jeunes, notamment, y sont très sensibles. Justement. Redescendu d’un cran dans
la hiérarchie des 10, François Trinh-Duc ne se sent pas du tout lésé. « Le
niveau international demande beaucoup plus d’énergie qu’un match traditionnel,
a pu se rendre compte le Montpelliérain. Il est logique que je me retrouve sur
le banc, car David a fait une bonne rentrée. J’ai été un peu timide peut-être ».
Mais si ce roulement a l’air d’être accepté, c’est que la règle du jeu était
connue de tous. « Le staff nous avait prévenus, indiqua en effet le fils du
DTN. Un joueur qui a été excellent peut être remplaçant le week-end suivant ».
Comme Laurent Blanc avec ses Girondins (ou comme un autre président), Marc
Lièvremont avait dit avant ce qu’il allait faire après. Pour le successeur de
Laporte, c’est donc toujours l’état de grâce.
:Emmanuel Commissaire rédaction parisienne
PHOTO LAURENT THEILLET